• Chapitre quatre: L'arche de Léon

    Sophia, quand elle entra, les rejoignit et se planta avec eux devant la fenêtre. Elle regarda longtemps l'effroyable spectacle sans rien dire.

    Chapitre 4: L'arche de Léon
    @Roger-Viollet

     Il faisait sombre dans la pièce car l’électricité ne fonctionnait plus. Dehors ce n’était que désolation et le niveau de l’eau ne cessait de monter.

    Au moment où son père arrivait avec le petit frère, elle s’adressa à la mère de Léon :

    -          Il va falloir qu’on trouve un moyen de tout remettre à l’endroit.

    La mère de Léon qui ne pouvait décoller son regard du paysage apocalyptique sous sa fenêtre ne répondit pas. Sophia continua :

    -          Léon, je crois que tu as des choses à me dire.

    Avec un signe de la tête qui ne laissait aucune alternative, elle l’emmena vers sa chambre, où il la suivit, sans broncher.

    Elle ferma la porte derrière elle. Ils étaient tous les deux dans la pénombre.

    -          Avant que tu ne parles, dis-toi bien une chose ou plutôt deux : je ne te jugerai pas et j’adore les choses surnaturelles. Ah non, trois choses : et aussi, dis-toi bien que je ne t’aime pas : tu es un petit CE1 et moi une CM1, alors arrête de me regarder avec tes regards de merlans frits. Est-ce que tout ça est clair ?

    -          Oui, balbutia Léon qui n’osait pas la regarder.

    -          Alors maintenant raconte tout depuis le début. Fais vite car il faut qu’on trouve une solution avant de voir notre ville recouverte sous 30 mètres d’eau.

    Après une profonde inspiration, Léon se lança et raconta tout depuis le vol qui avait provoqué le coma d’Oscar, les jeux dans l’école qui avait causé une atmosphère détestable de haine et enfin la tornade. Ses trois derniers mensonges. Elle l’arrêta à cet instant :

    -          Tu as dit « tornade » à ta mère ?

    -          Oui.

    -          Tu es sûr du terme ?

    -          Oui… J’ai bien dit tornade. (Le lecteur, qui ne ferait plus confiance à Léon, peut aller vérifier au chapitre Deux)

    -          Or il n’y a pas de tornade mais une inondation, un déluge.

    -          Oui, t’as raison, c’est pas une tornade ça ! Je n’y suis alors pour rien !

    Sophia réfléchissait en marchant autour de Léon et après un long silence, avec un sérieux qui pourrait faire sourire pour une enfant de CM1, elle s’exprima :

    -          C’est plus compliqué que cela car on a un lien pourtant avec le déluge malheureusement.

    -          Lequel ?

    -          Toi, Léon.

    -          Comment ça ?!

    -          Ton prénom, Léon !

    -          Mon prénom ? Léon ne voyait pas du tout où la futée de l’école voulait l’emmener.

    -          Oui, car si tu dis ton prénom Léon à l’envers, on trouve Noél. Et si en plus tu enlèves le L, on trouve ?

    -          Noé… répondit Léon accablé.

    -          Oui, mais Noé c’est le sauveur dans le déluge ! Je crois que si les forces du Mal s’en sont mêlées, quelque chose est intervenu pour transformer la tornade en déluge et faire intervenir un Noé.

    Il la regarda, incrédule, ayant fait fi désormais de toute rationalité. Elle aurait pu se transformer en dragon qu’il n’en aurait pas été surpris outre mesure. Cette fille était une divinité !

    -          J’ai dit « pas les yeux de merlans frits ! »

    Elle continuait sur sa lancée :

    -          Comment te transformer en Noé ?

    -          Ben avec de la salive d’araignées poilues ! répondit Léon railleur.

    -          Pff, c’est vraiment pas le moment de dire n’importe quoi … Si tu dois sauver, que dois-tu sauver ? Ou qui ?

    -          Toi et ta famille.

    -          Peut-être et c’est fait si l’eau ne continue pas de monter. Cherche encore.

    Léon eut à cet instant un éclair.

    -          Oscar !

    -          Oui, c’est ça, le mensonge originel.

    -          Originel, euh… Non, y en a eu beaucoup avant.

    -          Mais c’est à partir du mensonge sur le robot que tout a commencé à dysfonctionner.

    -          Dysfonctionner ?

    -          Déconner.

    -          Ah oui… Léon réfléchit encore un peu remontant la genèse de ses mensonges. Oui, je n’ai rien remarqué d’anormal avant.

    -          Donc Oscar, ou plutôt sauver Oscar. Comment vas-tu faire ?

    C’est à cet instant précis que sa mère entra dans sa chambre.

    -          Peux-tu m’expliquer fiston ce « sauver  Oscar » ?

    -          Maman, j’ai fait quelque chose de grave. Je ne voulais pas…

    -          Tu voulais quoi ?

    -          Juste faire … Ce que je voulais.

    -          Comme un dieu.

    -          Oui, mais pour faire ce que je voulais, j’ai volé et puis menti. Beaucoup menti.

    Sophia raconta pour aller plus vite le déroulé des événements et au vu de la situation, sa mère ne trouva pas cela totalement incroyable. Elle ne fut pas la seule car le père de Sophia et son petit frère qui étaient entrés aussi dans la chambre qui se transformait en hall de gare ne bronchaient pas non plus. Léon se demandait s’ils ne devenaient pas tous totalement dingues.

    -          Il faut construire un radeau, tenta Léon voulant montrer sa bonne volonté.

    -          On a plus simple encore, et sa mère disparut.

    Elle revint presque triomphale avec une énorme boite sur laquelle était collée une étiquette « affaires de plage ». Léon comprit immédiatement : le bateau gonflable.

    Les deux parents se relièrent pour gonfler le bateau et Léon s’occupa quant à lui de construire les rames. Au bout de 10 minutes, l’embarcation était prête. Le père de Sophia se proposa de les accompagner.

    Le niveau de l’eau arrivait maintenant sous les fenêtres de l’appartement.  Sophia allait se réfugier avec son frère chez le voisin du quatrième. Après un rapide au revoir, Léon prit place dans le bateau avec sa mère et cet homme qu’il ne connaissait que depuis une heure.

    Les deux adultes ramaient et cela n’était pas simple car un fort courant et des objets flottants en tout genre rendaient la tâche ardue. Léon, lui, écopait, car il continuait de pleuvoir et la barque déjà alourdie par ses trois passagers risquait à tout moment de chavirer. 

    Ils arrivèrent après un voyage qui parut une éternité devant l’hôpital où était soigné Oscar. Avec l’aide d’infirmiers, ils réussirent à rentrer par une fenêtre. Léon demanda à voir son ami. Mais personne ne sut lui indiquer car l’hôpital était totalement désorganisé et des patients risquaient de mourir si l’électricité ne revenait pas sous peu. Lorsqu’il expliqua qu’Oscar était dans le coma, une infirmière se rappela du petit garçon et conduisit Léon auprès de lui.


    Oscar était là, petit corps inerte perdu dans un lit pour grande personne, avec des tubes dans tous les sens. Léon faillit s'effondrer à la vue de son ami. Il prit la main du jeune endormi, cette petite main toute recroquevillée mais encore chaude et lui ouvrit doigt après doigt délicatement. Il plaça dans sa paume le robot qu’il lui avait volé. Il fallut refermer les doigts de son ami pour que le jouet ne tombe pas. Léon ne voyait plus ce qu’il faisait tant il pleurait et ce corps désespérément mou et indiscipliné était difficile à manier. La maman de Léon se tenait derrière lui, les yeux baignés de larmes elle aussi. Le père de Sophia la tenait par les épaules avec tendresse. Il se pencha et murmura à Léon :

    -          Vas-y, parle-lui, il t’entendra.

    Léon s’approcha à nouveau de son ami. Avec une maladresse toute enfantine, il enlaça son copain.

    -          Tiens, Oscar, je te le rends. Je n’aurais jamais dû te le prendre. Je m’en veux terriblement parce que j’ai trahi tous ceux qui m’aiment, je vous ai fait de la peine par mes mensonges, mes vols, ma lâcheté. Oscar, reviens, mon copain ! Engueule-moi, dis-moi que tu veux plus jouer avec moi, que je suis plus ton copain jusqu’en CM2 si tu veux mais reviens !

    Et là, il sentit les mains d’Oscar le tapoter.

    -          Eh Léon ?

    -          Quoi ?!!!

    -          Tu m’étouffes.

    Et là, la mère de Léon, en grande dramaturge, tomba dans les pommes et plus précisément dans les bras du père de Sophia, qui devait déjà se faire une joie de lui faire du bouche à bouche.

    -          C’est qui le type qui embrasse ta mère, Léon ?

    -          Oscar, doucement, doucement… J’ai plein de choses à te raconter mais on va y aller mollo. Ok ?

    -          Ok.

    Et là, les rayons du soleil illuminèrent les cheveux d’un Oscar groggy mais souriant.

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